Changement climatique : le monde agricole s’adapte… en ne changeant rien

Cette année 2020, la sécheresse et les fortes températures vont faire perdre environ 20% de la production agricole sur le territoire français. Sur certaines récoltes, ce sont plus de 50% de pertes qui sont attendues.
On ne peut pas dire que ce soit une surprise. Cela fait maintenant 20 ans que les chambres d’agriculture, le ministère de l’agriculture et l’INRA savent qu’il va falloir s’adapter. Le problème, c’est de savoir comment, et là, il y a de quoi rire. L’adaptation actuelle tendrait plutôt vers le pire : intensification renforcée, développement des retenues collinaires, ré-autorisation de pesticides interdits, la révolution agricole n’est pas encore là.

20 ans donc qu’ils savent qu’il faudra des cultures moins demandeuses en eau. 20 ans qu’ils savent qu’il faudra des cultures plus diversifiées avec des espèces végétales plus robustes pour lutter contre les ravageurs des cultures. 20 ans qu’ils savent qu’il faut retrouver une agriculture adaptée au terroir et aux sols. 20 ans qu’ils savent qu’il faudra une agriculture avec moins d’intrants chimiques qui fragilisent le milieu, les sols et qui mettent en danger notre santé. 20 ans qu’écologues et agronomes démontrent qu’on peut se passer d’eau et d’intrants chimiques tout en garantissant de pouvoir nourrir la planète.
Alors, chambres consulaires, ministères et scientifiques ont pris une décision courageuse durant ces 20 dernières années : SURTOUT NE RIEN CHANGER ! Ou plutôt si, ils ont eu l’idée géniale de renforcer toutes les pratiques culturales mises en place depuis les années 60 et qui ont empoisonné notre santé, les milieux naturels, les sols et qui ont surtout démontré leur incapacité à répondre aux enjeux des prochaines décennies et notamment ceux du changement climatique.

Ainsi, ces courageux décideurs ont proposé aux agriculteurs d’augmenter leur dépendance envers les ressources naturelles en eau en développant à outrance les retenues collinaires et les réservoirs pour garantir de pouvoir continuer à arroser leur cher (très cher) maïs, même durant les pires étiages et sous des températures andalouses. Ils ont donné les autorisations pour continuer à augmenter les surfaces agricoles intensives en détruisant ce qui reste de bocage et au détriment de toute logique de terroir. Et cet été, ils proposent dans la panique caniculaire des dérogations pour l’utilisation de pesticides interdits ou de techniques d’épandages insensées.

Pour les techniques d’épandage, l’arrêté du 22 mai 2020 autorise de manière dérogatoire les viticulteurs à pulvériser leurs pesticides par hélicoptère, pratique interdite avec raison depuis 2015. Enfin… pas tout à fait interdite puisqu’il était prévu des procédures dérogatoires. Une façon comme une autre de légaliser ces pratiques en les rendant juste un tout petit peu plus contraignantes : encore un « truc » qui rend plus complexe le métier d’agriculteur sans protéger les milieux ni notre santé. Certes, il ne s’agit que d’autoriser la pulvérisation de bouillie bordelaise, un produit presque pas toxique. Presque pas… sauf pour les vers de terre et toute la faune et la flore édaphiques (ceux qui rendent le sol vivant). Presque pas… sauf pour le poumon, le foie, la fertilité et les fœtus de tous les mammifères dont nous-mêmes, cette chère (très chère) espèce humaine qui continue à croire qu’elle peut vivre hors sol.

Dernier avatar en date, le ministère de l’agriculture a publié un plan d’action qui autorise l’utilisation de pesticides interdits, les néonicoténoïdes, pour lutter contre la jaunisse de la betterave. Surprise, là encore, l’interdiction européenne de cette véritable saloperie tant pour les sols, pour notre santé que pour les insectes butineurs, prévoyait également des dérogations. Le règlement européen autorise de fait le recours aux néonicotinoïdes à la condition « qu’une telle mesure s’impose en raison d’un danger qui ne peut être maitrisé par d’autres moyens raisonnables ».

D’autres moyens raisonnables ? Si, il y en avait un, c’est celui que proposent tous les écologues, une partie du monde paysan via la Confédération Paysanne, et les associations de défense de l’environnement : adapter nos pratiques culturales aux enjeux à venir ! Il y a des solutions, pour se passer de pesticides, pour limiter les besoins en eau et les zones irriguées, tout en préservant une partie des filières et en développant une agriculture responsable et vivrière. Mais non, le monde agricole et ses instances réclament encore des délais pour s’adapter, pour continuer à produire comme avant. C’est vrai qu’ils n’avaient QUE 20 ans pour se préparer. Les pauvres. Pauvre de nous surtout.

En 2018, le GIEC prévenait : nous n’avons plus que 10 ans pour changer le système. C’était il y a deux ans et pour le monde agricole, ça change effectivement, mais en pire.

2 réflexions sur “Changement climatique : le monde agricole s’adapte… en ne changeant rien

  1. Oui, c’est bien ce que nous constatons dans le cadre du projet de territoire de la Vallée du Tescou dans le Tarn, immuables et bornés sont les représentants du monde agricole (FNSEA, JA, coopératives) soutenus par les élus de tous bords. Avec le soutien de la région, le Conseil départemental qui, lui, propose le projet d’un barrage de 1,5 million de m3, rien ne change… Il est proposé dans les directives (2015-2019) un changement de modèle cultural en adoptant le mode agroécologique, nous en sommes loin !

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    1. Oui, l’étude des besoins en eau lancée en 2019 a été acceptée parce que les instances agricoles savaient pertinemment que cela allait démontrer les besoins et obliger les pouvoirs publics à se reposer la question des retenues collinaires après l’abandon du barrage de Sivens. Nous ne nous faisions pas trop d’illusions sur le sujet. La seule question est comment sortir de la culture intensive de Colza, de Soja et de Maïs et elle n’a effectivement jamais été abordée à notre connaissance. Par contre, de quelle directive parles-tu ?

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