Barbara Pompili : une ministre bon teint

Elle coche toutes les cases de la macronie : sortie d’une grande école (Sciences Po Lille), élue LREM dans le rang, initialement EELV mais indépendante de tout parti, centriste, bref, une écolo classique capable de s’allier avec le PS comme avec le MODEM. Elle a même eu la bonne idée d’éviter les pires coups des députés LREM comme le vote contre la loi sur les élèves handicapés. Bien cornaquée par ses deux ministres délégués, elle risque surtout de permettre au gouvernement de continuer à développer son catéchisme néo-libéral tout en communiquant sur une écologie culpabilisante et inefficace.

Il est sûr que son arrivée fait du bien, en terme de communication au moins. Moins d’une semaine après sa nomination au ministère, hasard du calendrier ou vraie influence ministérielle, deux bonnes nouvelles tombent coup sur coup : le rapport du CGEDD (Conseil général de l’environnement et du développement durable) sur les défaillances du dossier du terminal 4 à Roissy est enfin rendu public remettant ainsi en cause l’ensemble du projet, et le projet de center-park en Isère est définitivement abandonné. Cela fait d’autant plus de bien que la précédente ministre de l’écologie, E. Borne, n’aura pas marqué l’histoire. Malgré des positions de principe plutôt vertueuses, elle aura eu bien du mal à exister face au ministre de l’économie, parfait témoignage du grand écart gouvernemental entre un discours favorable à l’écologie, mais des actions centrées sur le développement économique à toute force – on se souvient à ce titre de la bataille à l’assemblée nationale sur la taxation de l’huile de palme qui aura été remporté in-extremis par le ministère de l’écologie après un 2ème tour de scrutin-. A la fin de son mandat, E. Borne n’aura jamais pu inverser la courbe de production des Gaz à effet de serre et n’aura toujours pas trouvé la solution pour suivre les accords de la COP 21, déjà bien insuffisants. Les ambitions initiales de la loi Energie Climat auront également été ruinés par le manque de soutien et de volonté politique. Sur le dossier de la biodiversité, même constat. L’influence de lobbys agricoles, industriels et de la chasse aura empêché la mise en place d’outils pour améliorer la situation, qui continue donc de se dégrader. Notamment, l’artificialisation des sols continue à progresser malgré un des rares satisfecit de ce ministère : l’abandon partiel (!) du projet de centre commercial dans le Triangle de Gonesse. Surtout, comme tous les ministères depuis 20 ans, E. Borne aura continué de dégrader le code de l’environnement, notamment en réduisant toujours plus la liste des projets soumis à autorisation et donc à évaluation environnementale. Rien que sur l’année passée, ce sont 7 décrets et arrêtés qui auront ainsi été validés par le ministère pour modifier la nomenclature des installations classées, et ce n’était pas la pire année. Une aubaine toujours plus forte pour les différents promoteurs qui sont débarrassé par l’Etat des « pesanteurs administratives » que représentent les évaluations environnementales des projets.

La question qui reste est donc : que pourra bien faire Barbara Pompili dans ce gouvernement ? Placé en 3ème position dans l’ordre protocolaire, elle occupe une place de choix. Dans le même temps, elle est également cornaquée par deux lobbyistes pur souche. Emmanuelle Wargon ministre déléguée au logement, ancienne de chez Danone est ouvertement pro-huile de palme, et aura eu des positions particulièrement troubles et très à l’écoute de Total lors du débat sur la taxation de l’huile de palme comme agrocarburant. Quant à JB Djebarri, il est ministre délégué au transport et proche des milieux d’affaire du transport aérien. Les mêmes transports aériens qui se sont vu attribuer 15 milliards d’euros d’aides suite à la crise du Coronavirus, sans réelles contreparties environnementale ni sociale.

Cet ordre protocolaire ressemble bien à de l’affichage, puisque le pouvoir ne change ni de main ni de cap. Rappelons ici que quelques semaines avant la fin de son mandat, le gouvernement avait validé le décret 2020-412 en conseil des ministres. Dans le but de privilégier toujours plus le développement économique, ce décret permet aux préfets de prendre des décisions « non réglementaires » en matière d’environnement, d’emploi, d’aménagement, etc.. Ce décret totalement inique autorise les préfets à déroger à la réglementation de pas moins d’une dizaine de codes. Sachant que la plupart des lois ne sont applicables que par leurs décrets et arrêtés dit-d’application, donc à leur partie réglementaire, les préfets évoluent donc depuis le 8 avril dernier dans une zone de non-droit.

Enfin, Mme Pompili hérite d’un ministère tronqué. Il est ainsi très étonnant de retrouver un ministère de la mer indépendant du ministère de l’écologie. Annick Girardin, actuellement ministre le mer, aurait très bien pu rester ministre déléguée auprès de B. Pompili. L’exécutif a préféré désolidariser la mer de l’environnement pour la première fois depuis 1991. Cela donne un très mauvais signal, puisque justement, la mer et les océans sont des milieux stratégiques pour la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. Il est alors possible d’envisager que la mer sous le gouvernement Castex est surtout vu en tant que territoire national : la France possède à ce jour le plus grand domaine sous-maritime au monde. C’est aussi une source de profit avec la pêche et une zone d’influence géo-politique stratégique. Bien loin des problématiques environnementales et de zones protégées que géraient jusqu’à maintenant le seul ministère de l’écologie. Il faudra maintenant tenir compte du ministère de la mer pour cette partie également.

Il est difficile dans ces conditions d’attendre quoi que ce soit de positif de cette soi-disant nouvelle équipe et de cette nouvelle ministre de l’écologie. Certes, elle est une des rares à ne pas avoir trop de casseroles antérieures à sa nomination, et elle a réussi à se trouver en dehors des coups les plus tordus de ces dernières législatures. Ceci dit, elle reste affiliée à des courants de pensées qui n’ont jamais pris la mesure des enjeux à venir, et en tout cas qui n’envisagent nullement de remettre en cause le libéralisme économique. Le succès récent d’EELV est à ce titre incompréhensible puisqu’ils n’ont toujours pas de programme économique et que leurs propositions politiques portent généralement sur des demi-mesures non contraignantes. Une pensée écologique tiédasse qui permet de favoriser le développement du vélo pour les urbains mais qui ne répond absolument pas à la crise actuelle. Nous verrons à l’usage s’ils sont plus pertinents en local qu’au niveau national.

Reste le projet gouvernemental pour l’environnement pour finir ce quinquennat avec cette probable dernière ministre de l’écologie. A ce titre, une fois de plus, très peu d’informations, aucun cap clair, hormis le discours présidentiel de soutien aux travaux de la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC). Ce serait donc cette commission de citoyens qui va définir le cap des 2 prochaines années de travail du ministère de l’écologie ? Pari tenu. Malgré ses défauts, malgré quelques errements sur la voiture électrique ou le nucléaire, la somme de travail produit par la CCC est impressionnante et donne un ensemble plutôt cohérent. C’est en tout cas le document politique le plus abouti de ces dernières années en matière d’environnement. Souhaitons que Mme Pompili s’en inspire, et surtout ait la volonté de l’appliquer. Pour les moyens, à n’en pas douter, elle n’en aura que de très maigres.

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