[Polémique] : Les antillais 2 fois plus résistants à la Chlordécone que les métropolitains ?

Le chlordécone est un pesticide de synthèse interdit depuis 1993 et qui contamine les sols des Antilles pour des centaines d’années. Les dernières études sur le cancer de la prostate aux Antilles montrent que les cas y sont 2 fois plus fréquents qu’en métropole. Elles montrent surtout que l’exposition chronique au Chlordécone est un facteur aggravant sur cette population déjà sensible. Malheureusement, rien n’est fait en terme réglementaire et notamment pour la surveillance sanitaire des aliments. Pire, les seuils réglementaires pour la mise sur le marché y sont plutôt défavorables aux Antilles alors même qu’il faudrait tenir compte de cette exposition chronique.

La visite du Président de la République aux Antilles (26/09/18) a permis de relancer le débat sur la chlordécone. Malheureusement, la seule solution proposée est de rajouter la contamination chlordécone dans les maladies professionnelles. Intérêt pour limiter l’exposition ou envisager des techniques curatives des sols ? Aucun.

Il faut dire que les techniques curatives sont longues, onéreuses et techniquement difficiles à mettre en oeuvre. Mais il aurait été possible dans un premier temps de limiter l’exposition en se rapprochant de la DGAL (Direction Générale de l’Alimention) pour interdire tout aliment présentant des traces de chlordécone ou a minima diminuer drastiquement les teneurs autorisées de chlordécone dans les aliments locaux. Or, depuis 2008, c’est tout l’inverse qui est fait. La tendance est d’autoriser actuellement aux Antilles la mise sur le marché de produits contenant environ 2 fois plus de chlordécone que ce qui est admissible en métropole. Derrière les belles paroles officielles, une forme de mauvaise foi qui contribue à faire du chlordécone un scandale sanitaire auquel tous les gouvernements auront eu leur part, celui-ci ne faisant pas exception.

Explication :

L’arrêté du 30 juin 2008 fixe les teneurs maximales autorisées en chlordécone dans nos aliments. Pour les végétaux, cette limite est à 10 ou 20µg/kg, au choix. A la lecture de la liste, on s’aperçoit que les produits qui ne peuvent être produits qu’en métropole sont à 10µg/kg. Inversement, les produits qui peuvent être produits aux Antilles ont une limite à 20 µg/kg. Pour faire simple, la cerise a une limite fixée à 10 alors que l’ananas est à 20µg/kg, soit un facteur 2.

Pour les viandes, les limites sont à 100µg/kg sauf pour le poulet qui inexplicablement est fixée à 200µg/kg. Or, le poulet est la viande la plus consommée localement et la principale production de viande locale : 1 500 tonnes produits en Martinique en 2015 contre 1 100 tonnes pour le reste des viandes, bovine et porcine. Cet arrêté permet ainsi une dérogation réglementée pour la viande la plus produite et la plus consommée localement.

Aucune justification épidémiologique trouvée pour ces différences de seuil, au contraire : l’exposition chronique aux Antilles en fait le champion mondial du cancer de la prostate. Le gouvernement a beau jeu de se cacher derrière l’absence de conclusions formelles des études épidémiologiques : là également, les moyens sont insuffisants pour arriver à des conclusions fermes.
Au lieu de limiter l’exposition dans une région à très haut risque, l’Etat valide par sa réglementation une surexposition pour une population extrêmement fragile. Cela va à l’inverse de toute logique de limitation des risques.

Conclusions :
Soit les antillais sont désormais résistants au chlordécone (probabilité quasi nulle).
Soit le gouvernement veut conserver son vivier de cancers de la prostate (à voir).
Soit il y a eu des pressions économiques qui font « relativiser » la protection sanitaire des populations antillaises. Le pragmatisme libéral à la française, sans doute.

Pour en savoir plus : notre article sur les dernières avancées politiques sur le chlordécone.

Pour l’historique de la polution : l’article de Reporterre

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