[Polémique] Déconstruction du discours pro-« Montagne d’or » de Slate.fr

Slate.fr est un journal dont il faut se méfier, vraiment se méfier. Avec un petit lectorat, mais globalement en hausse grâce notamment à des articles putassiers comme « le porno féminin » ou « le sexe écolo », il reste néanmoins largement en déficit. Il est contrôlé par la fine fleur de la finance française (Rothschild et des fonds d’investissement pour éviter l’ISF), et dirigé par des journalistes d’obédience néo-libérale qui ne peuvent même plus se targuer d’indépendance. Comme tous les autres médias, Slate.fr essaye de se positionner sur les sujets environnementaux mais leur dernier essai montre un fort amateurisme, des imprécisions, et une grande capacité à la manipulation. Leur soutien au projet Montagne d’or accouche d’un article incompréhensible et partisan qu’il est tout de même intéressant de déconstruire.

Le 3 avril 2019, Slate.fr produit un article titré « Abandonner le projet minier de la Montagne d’or en Guyane serait une bêtise ». La réelle bêtise est d’avoir publier ce papier, les enragés de l’écologie vous montrent pourquoi, en reprenant un à un les arguments présentés par Slate :

1/ l’enquête publique n’a servi à rien, l’opposition étant irrationnelle et uniquement motivée par l’arrêt du projet.

Oui, c’est le principe de l’enquête publique de prendre en considération tous les arguments, même ceux réclamant l’abandon du projet. Taxer les opposants d’irrationnalité sans donner d’exemples relève dès lors du déni de démocratie. D’autant qu’il ne s’agit pas ici de NIMBYstes (ok pour le projet mais pas chez moi), mais bien d’un rejet des populations locales, inquiètes des impacts sociologiques, économiques et écologiques du projet. Ils ne veulent pas de ce projet, ni ici, ni ailleurs et pour de bonnes raisons, résumées dans l’enquête publique.

2/ l’argent public investi dans le projet n’est pas une subvention mais un crédit d’impôt

Slate.fr fait ici le distingo entre un manque à gagner (Crédit d’impôts) et un financement direct (subvention). Dans les deux cas, il s’agit bien d’argent public pour aider à l’implantation d’une entreprise privée qui manquera à la Région. Si le retour sur investissement était garanti et qu’il n’y ait aucun surcoût pour la collectivité, l’argument serait bon : ce serait effectivement une bonne opération pour la Guyane. Mais, comme le rappelle WWF, les avantages pour les populations locales sont plus qu’incertains. Si le projet Montagne d’or apportait une plus-value réelle à la Guyane, l’investissement publique serait envisageable à la condition qu’il n’y ait aucun impact en matière d’investissement urbain, de compensation écologique ou d’aides sociales, mais est-ce bien sûr ? Slate nous propose de faire confiance à l’investisseur privé pour la viabilité au moins économique du projet. Et pourtant, combien d’industriels sont venus en France métropolitaine profiter de l’investissement public pour se retirer dès qu’ils avaient fini d’essorer les collectivités locales ? Les exemples sont pléthoriques : Mital (Arcelor), Ford, Casil (aéroport de Toulouse), pour ne citer que les plus crapuleux. Pas question dans ces conditions de faire confiance.

3/ Les emplois créés et emplois induits seraient très favorables pour le marché de l’emploi en Guyane.

Tout d’abord, il faut demander aux populations locales si elles souhaitent ce type d’emploi et si le bilan bénéfice/risque leur paraît acceptable. Elles ont déjà répondu non. Ensuite, il faut imaginer que les emplois créés ne seront pas tous réservés aux locaux, non formés sur ces types de métiers. Là encore, c’est oublier l’avis des premiers concernés et nous demander de faire confiance à des investisseurs qui sont tout sauf humanistes.

4/ la zone déforestée ne représenterait que 1/1000 des zones déforestées pour ce type de projet au cours des 10 dernières années.

Argument totalement incompréhensible, de la pure rhétorique libérale du type « ya pas que moi qui fait n’importe quoi » et qui devrait ainsi dédouaner le projet. La déforestation est un problème mondial majeur actuellement, et ce n’est pas parce que le Brésil ou l’Indonésie s’en donne à cœur joie et ruinent leurs forêts qu’il faut les suivre dans cette folie. Ce n’est pas parce qu’à l’échelle mondiale, ce projet est de faible taille, qu’à l’échelle locale, il n’a pas d’impact gigantesque. Dans ces calculs de surface, l’article oublie de plus toutes les pistes et infrastructures qu’il va falloir construire et qui vont participer à la dénaturation du site. Enfin, lorsqu’une forêt primaire disparaît, ce n’est pas pour 10 ans mais pour des siècles. Les prochaines générations ne retrouveront jamais les milieux naturels ainsi détruits.

5/ la technique de cyanuration est robuste.

Certes, mais elle nécessite le stockage de cyanure en quantité phénoménale et elle génère des boues contaminées dont on ne sait pas quoi faire et qui resteront sur le site. Leur décontamination promise reste également à voir et on peut continuer à avoir des doutes sur leur qualité de déchets inertes et non contaminés. Dans tous les cas, leur volume même pose un énorme soucis de sécurité. L’évolution du projet sous la pression des locaux a permis de revoir les conditions de stockage et de les sécuriser, mais le risque n’en demeure pas moindre de voir ces produits toxiques se répandre en aval en cas de rupture de digues. Et l’histoire n’est pas avare de ce type d’accidents : Catastrophe d’Ajka en Hongrie (2010), tragédie de Mariana au Brésil (2015). Slate nous dit une nouvelle fois qu’il faut faire confiance en se basant sur les expériences passées. Et justement, en plus des morts et des écosystèmes ruinés par des ruptures de digues, les dernières inondations dans l’Aude ont permis de nous rappeler les conditions déplorables dans lesquelles sont stockés les déchets de la mine aurifère de Salsigne qui continuent à polluer l’ensemble des terrains et cours d’eau en aval. Une fois que l’investisseur sera parti, qui sera responsable de l’entretien des digues, et surtout qui subira la catatrophe écologique majeure qu’engendrerait une rupture de digue ? Certainement pas les promoteurs du projet ou les journalistes de Slate.

6/ « Si le permis n’est pas accordé, les adversaires du projet penseront avoir remporté une victoire. Ils se tromperont: les orpailleurs illégaux continueront à saccager le pays »

Mais monsieur le journaliste parisien, les orpailleurs continueront à dévaster la Guyane, Montagne d’or ou pas ! Inversement, si l’investissement public prévu pour Montagne d’or était reporté vers la lutte contre l’orpaillage, peut-être pourrions-nous envisager un avenir meilleur.

7/ Si ça ne se fait pas là, ça se fera ailleurs au bénéfice d’autres pays.

Argument fétide de la réal-politique qui nous permet également de vendre des armes à des Etats assassins. Peut-être que ce projet pourrait se faire ailleurs, c’est un fait. Cependant, le problème n’est pas de perdre un marché, mais d’éviter la ruine écologique et sociale d’un département français. Si les autres pays veulent détruire leurs derniers espaces forestiers, nous ne pouvons rien y faire, mais ici, en Guyane, oui. Et si nous le pouvons ici, cela nous donnera la force et la arguments pour soutenir également les autres pays dans la lutte contre ces projets écocides au niveau international.

Dernier point : Gérard Horny, rédacteur de l’article de Slate, a fait l’essentiel de sa carrière dans la revue néo-libérale Investir axée sur le conseil à l’investissement et les placement boursiers, où il a été directeur de rédaction. Un économiste libéral qui parle d’écologie, c’est à l’image d’un requin blanc qui parlerait véganisme.

Pour ceux qui souhaitent mieux connaître le projet Montagne d’Or et ses risques, lire l’article de WWF sur le sujet.

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